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Interview et lettre de Jean-Claude Fignolé, maire de la commune des Abricots

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Jean-Claude Fignolé

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Interview de Jean-Claude Fignolé

Jean-Claude Fignolé, maire de la commune des Abricots à Haïti, et écrivain reconnu pour ses engagements et ses écrits, s'est exprimé hier lors de la session et au café citoyen. Nous vous proposons de lire son interview réalisée hier soir à Saint-Brieuc.

Vous êtes maire de la petite commune des Abricots et président de l'association des maires du territoire de la Grande Anse, au sud ouest d'Haïti. Ce territoire accueille aujourd'hui 160 000 réfugiés pour une population initiale de 450 000 habitants. En deux mots, pouvez-vous nous décrire la situation ?

Elle est très difficile, même si la Grande Anse est le seul territoire haïtien qui peut s'enorgueillir de pouvoir assurer son autosuffisance alimentaire. Il y avait quelques réserves qui nous ont permis de parer au plus urgent, à savoir nourrir plus de 160 000 réfugiés, nous avons ainsi pu faire la jonction en attendant l'arrivée des aides du programme alimentaire mondial qui permettent à tout le monde subsister aujourd'hui. Mais la vraie urgence, c'est de loger ces populations qui vivent sous des toiles ou des "logements" de fortune et de leur trouver du travail. L'assistance médicale et alimentaire d'urgence est une chose mais, ce qui me préoccupe beaucoup plus, c'est la situation sociale. Si nous n'anticipons pas très rapidement, nous allons être confrontés à des problèmes de violence, de délinquance. On n'imagine pas ce que c'est que de devoir "absorber" un tel flux de population désoeuvrée et démunie.

Vous avez déclaré devant l'assemblée départementale que "L'humanitaire tue le développement", c'est ce constat qui anime votre démarche ?

Absolument. Il ne s'agit pas de dénigrer le travail des ONG ou du programme alimentaire mondial, mais il faut être très vigilant. L'arrivée massive de denrées alimentaires distribuées à la population peut, à terme, nuire à l'économie locale de la Grande Anse, qui repose sur l'agriculture et la pêche. Je n'invente rien, c'est un phénomène que l'on observe depuis des décennies dans de nombreux pays pauvres. La seule solution à mes yeux, c'est de renforcer le tissu économique local afin de créer des emplois pour ces réfugiés, leur donner les moyens de s'insérer et de s'impliquer dans le développement économique de la Grande Anse. Et cela, nous ne parviendrons à le faire qu'en reconstituant le système d'éducation et de formations, et en incitant des investisseurs à venir créer de l'activité.

Sur quelles pistes travaillez-vous avec Cités Unies France et les collectivités costarmoricaines et bretonnes ?

Je crois beaucoup en la coopération décentralisée entre collectivités. Avec Charles Josselin, président de Cités Unies France, Claudy Lebreton, président du Conseil général des Côtes d'Armor et avec de nombreux élus locaux et institutions de Bretagne, nous travaillons à mettre en place des solutions d'urgence en matière d'éducation. Nos lycéens et nos étudiants n'ont pas pu effectuer leur rentrée, leurs parcours de formation a été stoppé net.

Nous avons déjà obtenu l'accord de principe de l'université de Rennes 1 et du Conservatoire national des Arts et Métiers (Le Cnam, organisme de formation continue dont le siège régional est à Ploufragan – ndlr) pour lancer au plus vite des cours en téléenseignement, dès que nous aurons mis en place à la Grande Anse des locaux équipés de postes informatiques reliés à l'internet. Je suis convaincu que cela va rapidement devenir opérationnel. Par ailleurs, je me suis rendu en centre Bretagne et dans le Trégor. J'y ai rencontré des élus, des responsables associatifs, des entrepreneurs. Nous avons parlé coopération territoriale. Une coopération entre collectivités va voir le jour : nous avons besoins de votre expertise dans tous les domaines qui touchent à la gestion des collectivités et des services publics locaux. Et sur le plan économique, la Grande Anse et la Bretagne ont deux points communs : la pêche et l'agriculture, ce sont des secteurs dans lesquels nous pourrions profiter de votre expérience et de vos savoir faire, pour redresser durablement l'économie de la Grande Anse.

Propos recueillis par Bernard Bossard du magazine Côtes d'Armor

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Document : Lettre de Jean-Claude Fignolé - 28/09/2010